La fanfare des Fusiliers Mont-Royal

Le corps de clairon du 65e fut organisé en 1875 par Armand Beaudry. Des débuts du régiment à 1875, chaque compagnie n’avait qu’un clairon. Beaudry eut l’idée de réunir les six clairons en question, d’en augmenter le nombre et de leur adjoindre des tambours. James Lafontaine, un détective de la police de Montréal dans la vie civile en fut le premier instructeur. Le corps des clairons du régiment connut sa première grande sortie à Québec, en 1880, alors que ses 18 clairons et 10 tambours firent sensation sur les Plaines d’Abraham.

Par ailleurs, dès la fondation du régiment, en 1869, on note la présence d’une fanfare de 15 musiciens. Mais dans les faits, il faudra attendre plusieurs années avant que les musiciens ne fassent partie des effectifs réguliers du régiment. Quant à la première fanfare du régiment, elle fut formée de l’ancienne fanfare dirigée par M. Hardy père, ex-chef de la fanfare des
Voltigeurs Canadiens, dont le fils Edmond était, au début du 20e siècle, un musicien bien connu.

Puis, vers 1875, la Musique de la Cité, une des meilleures fanfares du Canada à l’époque, dirigée par Ernest Lavigne, ex-chef de fanfare des Victoria Rifles, entra en pourparlers avec le 65e pour accompagner le régiment dans ses déplacements, lorsque le besoin s’en ferait sentir. Cette fanfare fut intégrée au régiment, sous le commandement du sergent d’état-major D. Picard, lui aussi un ancien de la Musique de la Cité et commença à donner des concerts en plein air dans les parcs de la métropole.

Lavigne, à qui le régiment octroya le grade de lieutenant, était né à Montréal en 1851. En 1869 et 1870, il avait accompagné les Zouaves Pontificaux en Europe où il servit dans la fanfare en 1870 et 1871. Quittant les Zouaves, il fit carrière en Europe avant de revenir au Québec en 1874. Après une brillante carrière musicale, il devait décéder, le 18 janvier 1909, à l’âge de 58 ans.

Lavigne devait avoir comme successeur, à compter de 1909, le capitaine Joseph-Jean Goulet, qui dirigea la fanfare régimentaire pendant plus de 40 ans et qui ne quitta son poste qu’à la veille de son décès, en 1951, à l’âge de 81 ans. Goulet, d’origine belge, était arrivé au Canada en 1891, à l’âge de 21 ans. Violoniste, il avait pris la décision de faire carrière au sein de l’orchestre du parc Sohmer que dirigeait Lavigne. Chef d’orchestre par la suite de l’Opéra français (1893-1895), Goulet fut simultanément violon solo dans le premier ensemble musical à porter le nom d’Orchestre symphonique de Montréal, entre 1889 et 1896. Il en devint directeur artistique de 1898 à 1919.

En 1910, Goulet prit la direction du Corps de musique de la tempérance de la paroisse Saint-Pierre Apôtre, mieux connu sous le vocale de Bande de la tempérance.. Décidant de faire peau neuve, l’orchestre échangea habit galonné et casque à plumet contre un uniforme bleu marine plus sobre et changea son nom en Alliance musicale. Le régiment des Carabiniers Mont-Royal approcha alors le comité de direction de l’Alliance musicale et quelque temps après, l’ancienne Bande de la tempérance rebaptisée Alliance musicale, commença à défiler régulièrement avec le régiment, si bien que, avec les années, le groupe fut intégré à l’effectif régimentaire.

Si pendant quatre décennies, le nom de Joseph-Jean Goulet fut synonyme de musique militaire et de fanfare, il fut beaucoup plus que cela. En plus de diriger la musique des Fusiliers Mont-Royal, lors d’imposants cortèges ou au cours de concerts populaires offerts l’été dans les parcs, Goulet joua en effet un rôle important au Mont-Saint-Louis, où, en plus de former des ensembles instrumentaux, il a monté des opéras-comiques.

Il enseigna aussi le violon dans plusieurs institutions d’enseignement de Montréal, fut chef de l’Opéra françaos Montréal, puis réorganisa la Montreal Symphony Orchestra, fondée par Guillaume Couture. Pendant des années, à compter de 1897, il dirigea cet ensemble symphonique, ancêtre de l’Orchestre symphonique de Montréal actuel, dans des audiences qui réunissaient l’élite locale à la salle Windsor, ensuite à l’Académie de musique, puis aux théâtres His Majesty’s et Princess. Comme si cela n’était pas suffisant, il fut maître de chapelle dans quelques églises, enseigna le solfège au Monument national et fonda un ensemble qui portait le nom de Disciples de Mozart.

Cela dit, les Fusiliers Mont-Royal eurent l’honneur de compter dans ses rangs le plus grand animateur de la musique que le Canada français ait connu au 20e siècle, nul autre que Wilfrid Pelletier, qui donna son nom à la principale salle de concert de la Place des Arts de Montréal. Pelletier, qui était déjà un virtuose du piano, s’engagea en effet, à l’âge de 14 ans, dans la fanfare des Fusiliers et, en 1910, en était déjà le premier tambour. C’est d’ailleurs grâce à l’aide du régiment et de son colonel honoraire, Rodolphe Forget, qu’il put poursuivre ses études musicales à New York, où il dirigea l’orchestre de la Metropolitan Opera House avant de devenir, par la suite, le grand animateur de la musique au Canada français.

À ses débuts, à la fin des années 1800, la musique des Fusiliers, qui portaient alors le nom de Carabiniers Mont-Royal, se faisait entendre régulièrement dans divers parcs de la Métropole, notamment au Square Viger. Par la suite, de 1924 à 1974, elle participa régulièrement à ce qu’on appelait les Concerts Campbell.
Le 28 mai, 1950, c’est sous la direction du sous-officier Gérald Gagnier que la fanfare du régiment se produisit lors d’un concert des plus apprécié, suite à une parade d’église à laquelle participèrent plus de 200 membres des F.M.R. en plus d’une centaine de vétérans. La messe avait été célébrée à l’intérieur de la caserne même. Une fois la messe terminée et avant la fête au cours de laquelle la fanfare régimentaire se produisit, le régiment et ses vétérans, accompagnés de la fanfare et du corps de clairon, avaient défilé dans le quartier devant le brigadier général Gauvreau.
L’arrivée d’un jeune chef de musique (il n’avait que 23 ans) à la tête de la musique régimentaire pour remplacer le vénérable capitaine Goulet stimula l’ardeur et l’enthousiasme de tous les musiciens. L’adjudant-chef Gérald Gagnier faisait partie d’une famille de musiciens renommés. Son père, René Gagnier, fut premier violon de l’Orchestre des concerts symphoniques de Montréal et chef d’orchestre de l’Union musicale de Trois-Rivières. Son oncle, Jean-Josaphat Gagnier, fut non seulement chef d’orchestre mais capitaine et chef de musique des Canadian Grenadier Guards et sa sœur, Claire Gagnier, fut une des cantatrices québécoises les plus connues de la première partie du 20e siècle.
Chef de la musique aux Fusiliers Mont-Royal de 1950 à 1952, l’adjudant-chef Gagnier fut, de 1952 à 1954, envoyé au Royal Military School of Music en Angleterre. Promu lieutenant à son retour, il fut affecté à la musique du Royal 22e Régiment, avant de revenir à Montréal comme directeur de la musique du Corps royal canadien des magasins militaires à la base de Longue-Pointe. Il devait décéder prématurément en 1961 à l’âge de 34 ans.

À l’automne de 1951, la princesse Élizabeth et le duc d’Édimbourg, futurs souverains de l’Angleterre et du Canada, firent une visite triomphale à Montréal et ce sont huit musiciens des Fusiliers Mont-Royal, dont Ernest Boudreault junior et son père, le sergent Ernest Boudreault sénior, Laurent Désy et Pierre Walthery, consacrés héraults de leurs altesses, qui, de leurs trompettes, annoncèrent les apparitions des princes au grand balcon de l’hôtel Windsor où ils saluaient la foule.

Le 2 mars 1952, le lieutenant-colonel Paul L’Anglais annonçait la nomination d’un nouveau directeur musical pour le régiment, en la personne du lieutenant Maurice Meerte, promu capitaine peu après. Cette nouvelle eut l’heur de réjouir tous les musiciens régimentaires qui voyaient arriver à leur tête un chef d’orchestre fort connu.

Alors âgé de 56 ans, le capitaine Meerte, était d’origine belge, tout comme son prestigieux prédécesseur, le capitaine Goulet. Établi définitivement au Canada en 1920 après avoir émigré aux États-Unis en 1902, il avait été chef d’orchestre tour à tour au Théâtre Saint-Denis, à l’hôtel Windsor et avait assumé la direction musicale de plusieurs émissions radiophoniques en plus de diriger un ensemble connu sous le nom de Maurice Meerte & son orchestre un peu partout au Québec.

Sous sa direction, qui s’étendit jusqu’en 1963, la fanfare régimentaire vécut une période faste pendant laquelle elle participa à des cérémonies, défilés militaires et fêtes civiques de tout genre, depuis les célèbres Défilés du Père Noël, en passant par la première canadienne du Cinérama au cinéma Impérial en janvier 1953, l’animation du premier grand Salon de l’automobile, etc. Après sa retraite, le capitaine Meerte, dirigea plusieurs concerts jusqu’en 1972, à l’âge de 76 ans et ne devait décéder qu’en 1981 à l’âge de 85 ans. Elle participa également, en 1962, à l’inauguration de la Place Ville-Marie.
Par ailleurs, le capitaine Helmut Winkler fut appelé, en 1964 à succéder au capitaine Maurice Meerte en tant que directeur de la musique des Fusiliers Mont-Royal, poste qu’il conserva durant dix ans, soit jusqu’en 1974.
Helmut Winkler avait un profil étonnant pour un officier des Fusiliers Mont-Royal puisque c’est au sein de la Luftwaffe, en tant que musicien, que ce Néo-Canadien d’origine allemande avait fait ses débuts comme militaire. Il devait obtenir de l’Akademische Hoschchule Fur Musik de Berlin, son diplôme de chef d’orchestre en 1943, en plein conflit et la Luftwaffe lui confia alors la direction d’un orchestre avec mission de divertir les troupes allemandes. C’est ainsi qu’il fut amené à parcourir la Hollande, la Belgique, la France, l’Autriche, la Yougoslavie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce alors occupées par les troupes allemandes. Winkler, toutefois, ne fit jamais partie des troupes combattantes.
En 1943, lors d’une permission à Vienne, en Autriche, il eut le bonheur, pour un musicien, de rencontrer l’auteur des célèbres mélodies La Veuve joyeuse et le Pays du sourire, le compositeur austro-hongrois, Franz Lehar et le non moins célèbre chef d’orchestre et compositeur allemand Richard Strauss, auteur de plusieurs opéras et d’avoir une conversation tête à tête avec eux.
Immigré au Canada en avril 1957, Helmut Winkler se retrouva à l’emploi de la maison de pianos Willis, en qualité d’accordeur de pianos, puis il prit la direction d’une chorale de ressortissants allemands établis au pays avant d’entrer en fonction, en tant que capitaine, à la tête de la fanfare des Fusiliers Mont-Royal en 1964. En vertu de nouveaux règlements des Forces armées concernant l’âge des militaires en service, Winkler dut prendre sa retraite en 1974. À compter de 1965, le capitaine Winkler enseigna la musique au Rosemère High School en banlieue nord de Montréal.
En 1974, on fusionna la fanfare des Fusiliers Mont-Royal avec une autre fanfare centenaire, celle du Régiment de Maisonneuve et bien qu’officiellement fanfare de ce qui s’appelle aujourd’hui le 34e groupe de brigade, cette fusion se fit dans l’harmonie, les musiciens des deux régiments continuant de porter fièrement l’écusson de leur régiment respectif et, à l’automne 2008, la fanfare s’entraînant toujours au manège des Fusiliers Mont-Royal.
On nomma alors un officier du Maisonneuve et du FusMR, le capitaine Gaétan Lebrun, ci-devant commandant de la fanfare de ce régiment, à la tête du nouvel ensemble jumelé.
Dirigée depuis 1985 par le capitaine Richard Émond des Fusiliers Mont-Royal, celui-ci était toujours en poste à la fin de 2008.
Sous sa gouverne, la fanfare a continué à faire la fierté des Fusiliers Mont-Royal et du Régiment de Maisonneuve et ses musiciens d’être fiers de faire partie de leur famille régimentaire respective et d’en porter les couleurs.
C’est ainsi par exemple qu’en 1995, le capitaine Émond avait dirigé un concert tout à fait spécial dans les annales musicales de Montréal alors que pas moins de 200 musiciens sur la même scène avait joué sous sa direction lors d’un concert donné à l’église du Précieux Sang de Répentigny.
Et en 2007, la fanfare dirigée par le capitaine Émond des Fusiliers Mont-Royal, s’était produite en concert lors du Festival de musique classique du Bas-Richelieu, aux côtés du célèbre pianiste de jazz Olivier Jones.

Les fusiliers Mont-Royal Nunquam Retrorsum