Ernest Lavigne

Premier commandant officiel de la fanfare régimentaire

Lieutenant, Ernest Lavigne était à la fois musicien, chef d’orchestre, éditeur et gestionnaire. Lavigne avait commencé sa carrière musicale et militaire en faisant partie des Zouaves pontificaux, comme quelques-uns des premiers membres des Carabiniers Mont-Royal et après quelques mois dans le contingent canadien des Zouaves, il se joignit à la musique des Zouaves romains dont il devint même cornet solo.

Après avoir parcouru l’Europe, Lavigne revint au pays en 1874 et s’associa à son frère Arthur pour fonder le premier magasin de musique dans la ville de Québec. Il en profita pour mettre sur pied plusieurs fanfares dans la Vieille capitale et la région avant de venir s’établir à Montréal.

Une avenue de Québec porte d’ailleurs son nom. Si Lavigne fut officiellement le premier commandant de notre fanfare régimentaire, il avait eu des précurseurs. Le corps de clairon du 65e fut organisé en 1875 par Armand Beaudry. Des débuts du régiment à 1875, chaque compagnie n’avait qu’un clairon. Beaudry eut l’idée de réunir les six clairons en question, d’en augmenter le nombre et de leur adjoindre des tambours. James Lafontaine, un détective de la police de Montréal dans la vie civile en fut le premier instructeur. Le corps des clairons du régiment connut sa première grande sortie à Québec, en 1880, alors que ses 18 clairons et 10 tambours firent sensation sur les Plaines d’Abraham.

Par ailleurs, dès la fondation du régiment, en 1869, on note la présence d’une fanfare de 15 musiciens. Mais dans les faits, il faudra attendre plusieurs années avant que les musiciens ne fassent partie des effectifs réguliers du régiment. Quant à la première fanfare régimentaire, elle fut formée de l’ancienne fanfare dirigée par M. Hardy père, ex-chef de la fanfare des Voltigeurs Canadiens, dont le fils Edmond était, au début du 20e siècle, un musicien bien connu. Puis, vers 1875, la Musique de la Cité, une des meilleures fanfares du Canada à l’époque, dirigée par Ernest Lavigne, ex-chef de fanfare des Victoria Rifles, entra en pourparlers avec les Carabiniers Mont-Royal pour accompagner le régiment dans ses déplacements, lorsque le besoin s’en ferait sentir. Cette fanfare fut intégrée au régiment, sous le commandement du sergent d’état-major D. Picard, lui aussi un ancien de la Musique de la Cité, et commença à donner des concerts en plein air dans les parcs de la métropole.

Quant à Lavigne, on lui octroya le grade de lieutenant. Comme soliste, Ernest Lavigne remporta plusieurs honneurs, dont deux cornets plaqués d’or. En 1885, il inaugura les concerts gratuits du Jardin Viger, où ses brillantes performances firent de lui une véritable vedette. Par ailleurs, il s’associa à Louis-Joseph Lajoie, pour se livrer au commerce de la musique sous la raison sociale de Lavigne & Lajoie. Cette maison distribua des centaines d’œuvres de divers compositeurs et éditeurs et publia elle-même une cinquantaine d’œuvres de compositeurs canadiens.

Organisateur né, Ernest Lavigne convainquit la firme Lavigne & Lajoie de faire l’acquisition d’un vaste terrain en bordure du Saint-Laurent, qu’il aménagea en parc d’amusement, le Parc Sohmer. On y présenta des concerts, des opéras et des vaudevilles. Dans l’intention de créer à Montréal un orchestre symphonique, il fit venir d’Europe, surtout de Belgique et d’Italie, de nombreux instrumentalistes qui se fixeront au pays et y créeront une tradition musicale, dont notamment son successeur à la tête de la fanfare du régiment, le capitaine J.-J. Goulet, ce qui en fait l’un des pionniers de la musique instrumentale au Canada.

Pierre Vennat Historien régimentaire.

Les fusiliers Mont-Royal Nunquam Retrorsum