Capitaine Joseph-Jean Goulet

La fanfare des Fusiliers Mont-Royal est sans doute la seule à avoir été dirigée pendant quarante ans par le même homme. Et pas n’importe quel ! Le capitaine Joseph-Jean Goulet dirigea en effet notre fanfare régimentaire à compter de 1909 et ne quitta son poste qu’à la veille de son décès, en 1951, à l’âge de 81 ans.

Goulet, d’origine belge, il avait remporté en 1884 le premier prix de solfège, de théorie et d’harmonie au Conservatoire de Liège à l’âge de 14 ans. Il avait par la suite agi comme premier violon de musique de chambre au Conservatoire de Liège avant d’arriver au Canada en 1891, à l’âge de 21 ans. Violoniste, il avait pris la décision de faire carrière au sein de l’orchestre du Parc Sohmer Ernest Lavigne, auquel il succéda à la tête de l’orchestre des Carabiniers puis des Fusiliers Mont-Royal. Chef d’orchestre par la suite de l’Opéra français (1893-1895), Goulet fut simultanément violon solo dans le premier ensemble musical à porter le nom d’Orchestre symphonique de Montréal, entre 1889 et 1896. Il en devint directeur artistique de 1898 à 1919.

En 1910, Goulet prit la direction du Corps de musique de la tempérance de la paroisse Saint-Pierre Apôtre, mieux connu sous le vocale de Bande de la tempérance. Décidant de faire peau neuve, l’orchestre échangea habit galonné et casque à plumet contre un uniforme bleu marine plus sobre et changea son nom en Alliance musicale. Les Carabiniers Mont-Royal approchèrent alors le comité de direction de l’Alliance musicale et quelque temps après, l’ancienne Bande de la tempérance, rebaptisée Alliance musicale, commença à défiler régulièrement avec le régiment, si bien que, avec les années, le groupe fut intégré à l’effectif régimentaire.

Si pendant quatre décennies, le nom de Joseph-Jean Goulet fut synonyme de musique militaire et de fanfare, il fut beaucoup plus que cela. En plus de diriger la musique des Fusiliers Mont-Royal, lors d’imposants cortèges ou au cours de concerts populaires offerts l’été dans les parcs, Goulet joua en effet un rôle important au Mont-Saint-Louis, où, en plus de former des ensembles instrumentaux, il a monté des opéras-comiques.

Il enseigna aussi le violon dans plusieurs institutions d’enseignement de Montréal, et après avoir été chef de l’Opéra français, il réorganisa la Montreal Symphony Orchestra, fondée par Guillaume Couture. Pendant des années, à compter de 1897, il dirigea cet ensemble symphonique, ancêtre de l’Orchestre symphonique de Montréal actuel, dans des audiences qui réunissaient l’élite locale à la salle Windsor, ensuite à l’Académie de musique, puis aux théâtres His Majesty’s et Princess. Comme si cela n’était pas suffisant, il fut maître de chapelle dans quelques églises, enseigna le solfège au Monument National et fonda un ensemble qui portait le nom de Disciples de Mozart.

Goulet avait été intronisé chevalier de l’Ordre de Léopold II par la Belgique en 1930, Officier d’Académie par le gouvernement français en 1930 et décoré par l’armée canadienne pour ses bons services en 1938. C’est à lui que l’on doit la célèbre marche militaire Wilfrid Pelletier, jouée pour la première fois en 1935, en l’honneur du célèbre chef d’orchestre qui, dans sa jeunesse, avait fait partie de la fanfare régimentaire sous ses ordres avant de devenir célèbre et donner son nom à la grande salle de la Place des Arts.

Pierre Vennat Historien régimentaire.

Les fusiliers Mont-Royal Nunquam Retrorsum