Lieutenant Ernest Lavigne (1851-1909)

Premier commandant officiel de la fanfare régimentaire

Né à Montréal le 17 décembre 1851, Ernest Lavigne découvre la musique au sein de sa famille. En effet, son frère Arthur (1845-1925) était organiste et son frère Émery (1859-1902) était violoncelliste. Ils occuperont une place importante dans la vie musicale canadienne-française de l’époque.

C’est donc au sein de sa famille que le jeune Ernest découvre la musique. Son apprentissage musical professionnel se fera d’une façon peu banale : à 16 ans, il s’engage dans les zouaves pontificaux comme cornettiste et quitte les siens pour défendre le pape dont les états pontificaux sont menacés. Enrôlé en juin 1868 et portant le matricule 7825, Ernest Lavigne débarque à Rome le 16 juillet, la même année, avec le 4e détachement des zouaves canadiens. On le voit, tous les chemins, y compris celui de la musique, mènent à Rome !

Promu cornet solo de la musique des zouaves romains en 1869, il participe aux concerts dominicaux donnés dans les jardins du Pinchio dominant la Piazza del Pòpolo. En septembre 1870, Ernest Lavigne quitte les zouaves et voyage pendant trois ans dans l’Europe musicale de l’époque.

Dès lors, vivant de son talent musical, il séjourne près d’un an à Naples et parcourt l’Italie, la France, l’Allemagne et la Belgique. Profitant de l’expérience acquise, ayant élargie ses connaissances musicales, il retraverse l’Atlantique et s’installe aux États-Unis en 1873 et 1874. Il joue comme soliste à New-York et dirige vraisemblablement des harmonies à Philadelphie et à Boston. L’homme observe en même temps la scène musicale du Nouveau Monde.

De retour au pays à la fin de 1874, Ernest Lavigne travaille à Québec chez son frère Arthur, ce dernier étant alors marchand de musique. De plus, il organise des concerts, fonde et dirige des fanfares dans la région. En 1876, il épouse Louise Pouliot, de l’Islet, et s’installe en permanence à Montréal.

Si Ernest Lavigne fut officiellement le premier commandant de notre fanfare régimentaire, il avait eu des précurseurs. Le corps de clairon du 65e fut organisé en 1875 par Armand Beaudry. Des débuts du régiment jusqu’à 1875, chaque compagnie n’avait qu’un clairon. Armand Beaudry eut l’idée de réunir les six clairons en question, d’en augmenter le nombre et de leur adjoindre des tambours. James Lafontaine, un détective de la police de Montréal dans la vie civile en fut le premier instructeur. Le corps des clairons du régiment connut sa première grande sortie à Québec, en 1880, alors que ses 18 clairons et 10 tambours firent sensation sur les Plaines d’Abraham.

Par ailleurs, dès la fondation du régiment, en 1869, on note la présence d’une fanfare de 15 musiciens. Mais dans les faits, il faudra attendre plusieurs années avant que les musiciens ne fassent partie des effectifs réguliers du régiment.
Quant à la première fanfare régimentaire, elle fut formée de l’ancienne fanfare dirigée par M. Hardy père, ex-chef de la fanfare des Voltigeurs Canadiens, dont le fils Edmond était, au début du 20e siècle, un musicien bien connu. Puis, vers 1875, la Musique de la Cité, une des meilleures fanfares du Canada à l’époque, dirigée par Ernest Lavigne, ex-chef de fanfare des Victoria Rifles, entra en pourparlers avec les Carabiniers Mont-Royal pour accompagner le régiment dans ses déplacements, lorsque le besoin s’en ferait sentir. Cette fanfare fut intégrée au régiment, sous le commandement du sergent d’état-major D. Picard, lui aussi un ancien de la Musique de la Cité, et la fanfare commença à donner des concerts en plein air dans les parcs de la métropole.

Quand à Ernest Lavigne, on lui octroya le grade de lieutenant. Comme soliste, Ernest Lavigne remporta plusieurs honneurs, dont deux cornets plaqués d’or.

En 1885, il inaugura les concerts gratuits du Jardin Viger, où ses brillantes performances firent de lui une véritable vedette. Par ailleurs, il s’associa à Louis-Joseph Lajoie, pour se livrer au commerce de la musique sous la raison sociale de Lavigne & Lajoie. Cette maison distribua des centaines d’œuvres des divers compositeurs et éditeurs et publia elle-même une cinquantaine d’œuvres de compositeurs canadiens.

Organisateur né, Ernest Lavigne convainquit la firme Lavigne & Lajoie de faire l’acquisition d’un vaste terrain en bordure du Saint-Laurent, qu’il aménagea en parc d’amusement, le Parc Sohmer.

Le parc Sohmer ouvre ses portes le 1er juin 1889 sous la direction d’Ernest Lavigne. Comme imprésario et hôte, il dirigera quotidiennement l’harmonie puis l’orchestre du parc Sohmer. On y présente des concerts, des opéras et des vaudevilles. Dans l’intention de créer à Montréal un orchestre symphonique, il fit venir d’Europe, surtout de Belgique et d’Italie, plus d’une cinquantaine de musiciens de carrière qui viendront s’établir à Montréal et y créeront une tradition musicale, dont notamment son successeur à la tête de la fanfare du régiment, le capitaine J.-J. Goulet, ce qui en fait l’un des pionniers de la musique instrumentale au Canada.

En 1907, la maladie l’oblige à céder sa place. Brièvement, en 1908, il reprendra la baguette avant de s’éteindre le 18 janvier 1909 à l’âge de 58 ans.

Grâce au parc Sohmer qu’il avait fondé, Ernest Lavigne était devenu un personnage légendaire à Montréal et de façon spontanée ses concitoyens lui firent l’hommage de funérailles grandioses et spectaculaires.

Laissons la parole aux auteurs du volume « Le parc Sohmer de Montréal » Yvan Lamonde et Raymond Montpetit nous en dire un mot : « Un cortège interminable quitte la résidence du défunt, rue Ontario, un peu à l’est de la rue St-Denis, pour se rendre à l’église du Gésu. Aux premiers rangs du cortège, la musique : les musiciens du parc Sohmer qui sont de tous les événements et auxquels se sont joints 125 autres instrumentistes interprètent la marche funèbre de Chopin ».

Depuis le 12 décembre 1962, la toponymie de Montréal rappelle à tous les citoyens la belle époque du parc Sohmer ; par surcroît, l’avenue Ernest-Lavigne perpétue le souvenir du premier maestro du 65e Régiment. Cette artère est située dans l’est de Montréal, un peu au sud de l’intersection du boulevard Langelier et de la rue Beaubien. (cité dans Historique de la Musique du Régiment les Fusiliers Mont-Royal (65e Régiment) par Laurent Dézy, c.d. ex-adjudant musique du régiment 1948-1982, Montréal 1998)

Maj (R) Jacques Guilbault (padre de la famille régimentaire)

Les fusiliers Mont-Royal Nunquam Retrorsum